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 La Journée européenne contre la peine de mort...

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MessageSujet: La Journée européenne contre la peine de mort...   Jeu 27 Sep - 9:37

La Journée européenne contre la peine de mort supprimée sous pression polonaise

La journée européenne contre la peine de mort en date du 10 octobre n'aura pas lieu. La Pologne a refusé de s'associer au projet proposé à Bruxelles par le Conseil européen, qui nécessitait l'approbation de tous les membres de l'Union pour sa mise en oeuvre. Jugeant cette manifestation inutile dans une Europe privée du châtiment suprême, les dirigeants polonais ont décidé de boycotter cette journée, sauf si elle était élargie à l'interdiction de l'avortement et de l'euthanasie. Le thème de «la défense de la vie» en leitmotiv, ils tentent de réduire celui de la peine de mort à un sujet de débat au sein de l'Union européenne. Alors que la Convention européenne des droits de l'homme s'applique aux 47 états membres du Conseil et leur interdit de pratiquer la peine capitale.

Le raisonnement rétrograde des Kaczynski

Les frères Kaczynski sont décidément cohérents dans leur logique réactionnaire. Il s'agit non seulement de faire entrer le foetus dans le cadre d'êtres humains vivants et de protéger les futurs polonais dans le ventre de leurs mères, en décrétant qu'un avortement serait une forme de peine de mort, mais aussi de désigner parmi les vivants ceux qui seraient «dignes» de vivre. Et ceux qui, par leur «vocation contre-nature», sont un danger pour autrui et pour l'avenir de l'homme... L'appel est ainsi jeté en direction des chaque parent- ou potentiel parent- et de leur hypothétique réaction face aux agresseurs de leur enfant. «Débattre de la peine de mort au moment où l'on fait l'impasse sur d'autres menaces pour la vie humaine, parfois institutionnalisées et légales, est une hypocrisie», renchérit Andrzej Duda, vice-ministre de la Justice polonais, pour qui la question de la peine de mort est liée à celle de l'euthanasie et de l'avortement...aussi appelée la «culture de mort».

Une remise en question de la Convention des droits de l'homme

«L'application de la peine de mort représente un acte de torture et une peine inhumaine ou dégradante au sens de l'article 3 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme. La volonté de décréter un moratoire immédiat concernant les exécutions et d'abolir la peine de mort est devenue une condition préalable pour pouvoir adhérer à l'organisation» a souligné le président de l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), René van der Linden.

La Pologne tente à nouveau de détourner la législation européenne en matière de droits fondamentaux. Il existe des dispositions européennes concernant la peine de mort, mais l'absence d'arsenal législatif européen concernant l'avortement et l'euthanasie permet aux factions les plus conservatrices polonaises de faire entendre leur voix. Ainsi en Août 2006, la Ligue des Familles polonaises (LPR - parti membre de la coalition gouvernementale en Pologne) avait appelé à la réintroduction de la peine de mort pour les meurtres pédophiles. Le Président Kaczynski avait alors soutenu cette pétition qui tentait de faire basculer la Convention des droits, et souhaitait un débat européen sur la peine capitale. «Il faut en discuter en Europe et je pense qu'avec le temps l'Europe changera d'avis sur ce point» avait-il déclaré à l'époque.

Des législatives anticipées

Après la rupture de l'été 2007 entre Droit et Justice (PIS, parti du président et du Premier ministre actuel), le parti populiste Autodéfense de la République de Pologne (SRP) et la Ligue des Familles Polonaises (LPR), la Pologne est actuellement en campagne pour les élections législatives anticipées du 21 octobre. Les frères Kaczynski ont promis de rétablir la peine de mort en cas de victoire. Il s'agit aussi de contenter l'électorat emmené par le père Rydzyk et la célèbre Radio Maryja. Le groupe médiatique du révérend intégriste brasse quelques trois millions d'auditeurs, auxquels s'ajoutent cinq à six millions de fidèles ultra-catholiques qui gravitent autour de ce mouvement politico-religieux. Le veto du gouvernement polonais pourrait être considéré comme un appel du pied à destination de ses ultraconservateurs, puisque la Pologne ne semble pouvoir se passer des subventions européennes auxquelles elle peut prétendre à titre de « pays pauvre». Elle devrait obtenir, au cours de sept prochaines années, 67 milliards d'euros de transferts des pays riches occidentaux comme l'Allemagne, premier contributeur net au budget européen !

La peine de mort a été abolie en Pologne en 1997, où elle n'était plus appliquée depuis 1988 en vertu d'un moratoire. La peine maximale dans ce pays membre de l'UE depuis 2004 est donc la prison à vie.

Un frein à la campagne internationale contre la peine capitale

Les institutions européennes et le Conseil de l'Europe ne signeront pas à Lisbonne lors de la conférence internationale le 9 octobre, comme initialement prévu, une déclaration créant cette "Journée européenne" du 10 octobre, qui devait coïncider avec la "Journée mondiale contre la peine de mort". "Décréter une journée est une chose, mener un combat est une autre. Tout ne va pas se jouer en une journée d'été" a déclaré M. Costa, président portugais de l'Union, en relativisant l'impact d'une décision polonaise peut-être provisoire. Tandis qu'Amnesty International demande aux autorités polonaises d'honorer leurs obligations internationales et de respecter leurs engagements en ce qui concerne l'abolition de la peine de mort. En refusant de donner son accord à cette proposition de la Commission européenne, déjà soutenue par le Parlement européen et qui nécessite encore l'accord unanime des Etats membres, la Pologne a porté un coup à l'une des grandes causes européennes et à l'action internationale menée contre la peine capitale. Elle freine, de quelque manière que ce soit, l'objectif de pouvoir proposer à l'Assemblée générale des Nations unies que le principe de la Journée européenne contre la peine de mort soit adopté par l'ONU.

Que ce soit à propos du sida, de la santé des femmes, ou du respect de la dignité humaine, la Pologne tente encore une fois de bloquer une campagne relative aux droits fondamentaux, en collaboration étroite avec le Vatican dont elle reste l'un des vecteurs depuis les années quatre-vingt dix.

La Chine, le Pakistan, l'Iran, l'Irak, le Soudan et les États-Unis sont les principaux pays qui appliquent encore la peine de mort, même si régulièrement, des pays comme le Gabon, le Rwanda, l'Ouzbékistan, viennent d'abolir la peine capitale. Selon les dernières informations dont dispose Amnesty International, 125 pays, soit plus de la moitié des pays du monde, ont désormais aboli la peine de mort dans leur législation ou en pratique. Mais 1.591 personnes ont été exécutées dans le monde en 2006.

Nathalie Szuchendler

vendredi 21 septembre 2007

sur le site de ProChoix :
http://www.prochoix.org:80/cgi/blog/index.php/2007/09/21/1737-journee-contre-la-peine-de-mort-supprimee-sous-pression-polonaise
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