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 Léo Campion raconte Zo d'Axa

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Date d'inscription : 06/09/2005

MessageSujet: Léo Campion raconte Zo d'Axa   Ven 28 Oct - 23:23

L'Art de Marcher tout Seul (sur Zo d'Axa)

Zo d'Axa, de son vrai nom Alphonse Galland — d'aucuns le prétendent descendant direct du célèbre navigateur La Pérouse — est né à Paris, le 24 mai 1864. Issu d'une famille catholique, bourgeoise et fortunée (son père était ingénieur de la Ville de Paris), il fut un mauvais élève et fit à Chaptal des études peu brillantes.

A 17 ans, il est Saint-Cyrien. A 18, il s'engage dans les cuirassiers, entrant à l'armée pour se libérer du joug familial. Évidemment il ne supporte pas plus l'un que l'autre. Avide d'aventures, il passe aux chasseurs d'Afrique. Mais l'armée est la même sous toutes les latitudes ; il déserte.

Notons en passant que s'il est ardent, le jeune Galland n'est pas sectaire ; son antimilitarisme n'est pas borné : en désertant, il enlève la jeune femme de son capitaine.

Réfugié à Bruxelles, il y débute dans le journalisme par quelques reportages que publient « les Nouvelles du Jour ». Puis il fait la conquête de la jolie fille d'un pharmacien et l'emmène en Suisse.

Après la Suisse, l'Italie.

Et c'est une belle Italienne — fille de professeur — qui succède à la belge progéniture d'apothicaire. Car si le jeune Galland n'est pas sectaire, il est internationaliste.

1889. Amnistie. Zo d'Axa rentre en France.

En mai 1891 paraît le premier numéro de « l'En-dehors ». Cet hebdomadaire effarant et insolite porte en exergue l'explication de son titre :

« Celui que rien n'enrôle et qu'une impulsive nature guide seule, ce hors la loi, ce hors d'école, cet isolé chercheur d'au-delà ne se dessine-t-il pas dans ce mot : l'En Dehors ? »

L'article de fond « Branche de mai » est relatif aux événements de Fourmies. C'est signé d'un pseudonyme inconnu, claironnant et exotique : Zo d'Axa.

Outre des militants anarchistes comme Charles Malato, Georges Darien, Félix Fénéon, Sébastien Faure, Arthur Byl, qui finit dans la brocante, au Marché-aux-Puces, à Saint-Ouen, et Emile Henry qui, pour avoir jeté une bombe, finit sur l'échafaud, le lecteur sera sans doute étonné d'apprendre que, parmi les rédacteurs de « L'En Dehors », figuraient, groupés autour de Zo d'Axa, les futurs Immortels Georges Lecomte et Henri de Régnier, Lucien Descaves (qui fut anarchiste !), Octave Mirbeau, qui se fit dans « l'En Dehors » l'apologiste de Ravachol, Camille Mauclair, Pierre Veber, Tristan Bernard, Ajalbert et Emile Verhaeren, entre autres.

Toutes les semaines, Zo d'Axa s'en donne à cœur joie, malgré les perquisitions, les poursuites, les saisies.

Il est plein de verve native. Nature artiste et cinglante, c'est un révolté par tempérament — pas un aigri par la misère et l'injustice. Il sait que les grands mots provoquent de grands maux et que les grandes choses ne sont que d'aimables plaisanteries.

Il fustige la Société, la grande coupable incitant à tous les crimes par respect pour les préjugés, l'armée, cette toujours cruelle bête sacrée aux mille cornes acérées faites de sabres et de baïonnettes, la famille, la propriété, la morale, la religion, un Parlement que nous estimons peu, une Justice que nous soupçonnons fort, et la foule lâche et sans pensée.

II a des mots splendides :

« Les lois qu'ils aiment ne les frapperont jamais assez. »

« Les reporters illettrés qui travaillent dans la chronique judiciaire ne sont certainement pas des aigles — ils écrivent avec des plumes d'oie. »

« ... la magistrature assise — un peu partout... »

Commentant un assassinat nocturne près de la Bourse : « ...ne trouve-t-on pas bien parisien que, près de l'établissement où l'on vole pendant la journée, on assassine durant la nuit ? »

A propos d'un capitaine qu'un autre capitaine a fait cocu : « Les deux officiers, anciens camarades de promotion, avaient le même esprit de corps. »

Défendant une faiseuse d'anges poursuivie :

« A propos de l'avortement, je ne crois pas que ce soit bien neuf d'affirmer qu'entre la sonde qui délivre et les noyades préservatrices de l’injecteur il n'y a pas grande différence.
Cependant les gens à cheval sur le Code n'admettent qu'une chose, c'est qu'on soit de même sur le bidet.
On ne les fera pas sortir de là : d'un côté c'est la cuvette et de l'autre la Cour d'Assises. »

Et en conclusion au même article :

« Comme morale, il faut que le verdict soit implacable. N'y a-t-il pas un mot d'ordre contre les vulgarisateurs ? Ce crime-là est le pire de tous.
On ne frappera jamais assez durement la femme faisant à très bon compte, pour des petites gens, ces avortements que les personnes du monde payent fort cher à MM. les grands docteurs. »

II n'y a rien de changé sous le soleil.

Zo d'Axa écrit des journalistes (sic) il y a près de cinquante ans :

« Ils sont grotesques et tâchent d'être cruels. Ils sont bien eux. »

Et ailleurs :

« La tendance des socialistes à se servir de l'épithète de mouchard quand ils parlent des révolutionnaires de nuance hardie. »

Maintenant ce sont les communistes qui nous traitent de provocateurs.

S'adressant aux mineurs, il appelait les concessions minières des concessions à perpétuité.

« On se rappelle que vous vivez, écrivait-il, seulement lorsque le feu vous tue. Alors, en dilettante, on cause un peu de vous, on fait la fête, on fait l'aumône, et puis c'est tout.
On ne veut pas vous connaître.
parisiennes, bordées de provocateurs magasins, un beau jour, vous passiez en bandes.
Vous nous devez une visite ; faites-la ! »

« Et, tout au plus sourirons-nous, quand les flambards et les sabreurs viendront encore nous parler de trous de balle dans le drapeau. »

Cette tentative de « débauche de mineurs » n'est-elle pas toujours d'actualité ?

Sur l'amour :

« Les amants qui réciproquement se désirent ont le droit naturel de se prendre. Il n'y a pas de question d'âge et il n'y a pas non plus de chinoiseries morales à respecter. »

Sur la tolérance :

« Que l'indépendance me garde d'insulte contre tous ceux qui changent d'avis. Ce qui paraissait hier la vérité peut sembler demain le mensonge. L'évolution est constante. J'ai horreur des doctrinaires qui veulent nous enchaîner au nom d'anciens credos. »

Enfin, voici une profession de foi :

« II n'y a pas d'Absolu.
Ni d'un parti, ni d'un groupe.
En dehors.
Nous allons — individuels, sans la foi qui sauve et qui aveugle. Nos dégoûts de la Société n'engendrent pas en nous d'immuables convictions. Nous-nous battons pour la joie des batailles et sans rêve d'avenir meilleur. Que nous importent les lendemains qui seront dans des siècles ! Que nous importent les petits-neveux ! C'est en dehors de toutes les lois, de toutes les règles, de toutes les théories — même anarchistes — c'est dès l'instant, dès tout de suite, que nous voulons nous laisser aller à nos pitiés, à nos emportements, à nos douceurs, à nos rages, à nos instincts — avec l'orgueil d'être nous-même. »


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