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 Retour sur les présidentielles et les législatives

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Date d'inscription : 06/09/2005

MessageSujet: Retour sur les présidentielles et les législatives   Mar 28 Aoû - 13:26

RETOUR SUR LES PRÉSIDENTIELLES ET LES LÉGISLATIVES

On aurait pu penser que la situation post-électorale que
nous vivons, aurait vu émerger une mobilisation importante à
la 'hauteur' du matraquage médiatique quotidien distillé
pendant toute la campagne présidentielle. Celui-ci avait
d'ailleurs commencé bien avant, avec la propagande
d'incitation à s'inscrire sur les listes électorales.
Pourtant, depuis l'élection de Sarko, des révoltes et
rassemblements spontanés se sont fait jour dans plusieurs
villes mais sans perspectives réelles pour le moment :
l'attentisme est à l'ordre du jour.

Tandis que la droite se félicite et se pâme de
toute-puissance, la gauche en pleine décomposition en est
est réduite à quelques gesticulations moribondes : certains
quittent même ses rangs pour rejoindre le gouvernement d'un
homme qu'ils estimaient « dangereux » avant le résultat du
second tour des présidentielles ; et l'apathie règne jusqu'à
l'extrême-gauche.

Les effets de rabattage aux urnes de la part de toutes les
organisations de gauche et d'extrême-gauche peuvent
expliquer une partie de la démoralisation : en effet quelle
peut être leur réponse à un scrutin 'démocratique' quand une
partie de leurs préoccupations se centre sur l'électoralisme
? En toute logique, la critique de la 'démocratie' les
prendrait à leur propre piège, les pousserait à remettre en
cause leur propre fonds de commerce, le fait de chercher des
strapontins électoraux, les jeux d'appareils etc.

On peut néanmoins attaquer la 'légitimité' toute relative de
ce scrutin sur quelques points. Quand il ressort de la
bouche d'un des chefs de l'UMP que « ce n'est pas la rue
qui gouverne », comment peut-on croire une seconde que le
système de représentation actuel est démocratique ? Dans un
fonctionnement démocratique, rendre des comptes de la part
des élus serait la condition de base pour que ce système
puisse être crédible. Or, jamais n'est posée la question de
la révocabilité des mandats.

D'abord, cette accession à la 'légitimité démocratique' et à
la caste dirigeante est chargée de verrous, elle n'est
ouverte la plupart du temps qu'à une clique d'énarques et/ou
de carriéristes. Ajoutons qu'un mandat de député rapporte à
celui-ci 6.952 euros bruts -5.178 euros nets- par mois. A
l'issue de son mandat, il touchera une allocation chômage du
même montant pendant cinq ans, puis il bénéficiera d'une
rente à vie de 1135 euros, soit 20% de son traitement [1].

De plus, la manne financière liée au nombre de voix est
suffisamment intéressante - 1,66 euros par voix à condition
de dépasser les 1% de voix dans au moins cinquante
circonscriptions -, pour que certains individus prennent le
risque de se lancer dans le jeu électoral. L'inflation des
candidatures a été surprenante. Petits et nouveaux partis
ont alors fleuri étrangement en cette période des
législatives : rien que trois chapelles différentes écolos
dont une qui avait fait parler d'elle avec Francis Lalanne,
des partis inconnus au bataillon comme La France en Action
dont certains candidats sont des membres de sectes diverses
comme celle de l'ordre du temple solaire... Cela traduit
l'état de décomposition de notre société où 1% des électeurs
sont prêts à accorder leurs voix à n'importe quelle secte
mystique venue de nulle part (on se rappelle de la
candidature du Parti de la Loi Naturelle défenseur du vol
yogique lors des élections européennes).

En revanche, la stratégie « pédagogue » des partis
d'extrêmegauche est moins évidente [2].

Aussi A. Laguiller affirme dans le même temps lors de la
dernière campagne des législatives que le vote est « un
chiffon de papier » et que voter pour L.O serait un gage de
faire grève dès les premières mesures contre les
travailleurs. Quant à la LCR, le discours de O. Besancenot
revient à dire que le parlementarisme est compatible avec un
changement de société [3].

Il faut aussi prendre en compte la part importante de
l'abstention. A ces dernières législatives, la moyenne
nationale a été de 40%. Certains quartiers populaires ont
même totalisé largement plus de 50% d'abstention. C'est dire
le discrédit et/ou le désintéressement portés à la
politique. Comment s'en étonner alors que depuis des
décennies, la politique fait dans le spectacle et le show
bizness (émissions politiques questions/ réponses, politique
people avec son lot de démagogie et d'artifice...). Elle est
devenue une offre de consommation parmi d'autres, mais se
révèle à chaque fois une arnaque.

Ce qui a été frappant à cette dernière élection
présidentielle a été la personnalisation [4] du vote : on
culpabilise individuellement l'électeur ou
l'abstentionniste, mais on déresponsabilise la population
sous couvert de 'démocratie', laissant place au fatalisme, à
la résignation voire au nihilisme.

D'après nos représentants, nos journalistes, nos économistes
etc..., un dépassement du système économique et politique en
place serait de toute façon impensable, seule resterait
possible la négociation « concertée » de la régression
sociale. Le moyen de s'opposer à la marchandisation globale
ne peut décidément pas résider dans la morgue
'démocratique'. Combattre l'isolement, la vision d'un ennemi
imaginaire (le voisin, l' « immigré »...), peut faire notre
force à condition de sortir de l'individualisme quotidien et
de la valorisation marchande.

Article tiré de Espoir, journal de la CNT-AIT de Paris

Pour le lire en ligne :
http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=1421

Envoi de la version papier sur simple demande à
contact@cnt-ait ou à CNT AIT 108 rue Damrémont 75018 PARIS


------------------------------------------------------------

[1] 1 Loi votée en catimini à l'assemblée nationale le
1er/02/07 à l'unanimité (UMP, UDF, PS, PCF), voir Le Canard
Enchaîné, 7 février 2007.

[2] 2 Lire à ce propos « LO, la LCR et les élections : la
longue marche de l'opportunisme (1976-1988) », feuilleton en
3 épisodes, articles et tracts de Combat communiste
recueillis par Ni Patrie Ni Frontière,
http://www.mondialisme.org, in rubriques « articles utiles
».

[3] 3 cf. premier film de campagne officiel pour les
législatives
http://www.radio-rouge.org/index.php/Legislatives-2007/p4

[4] 4 Pour comprendre comment la 'personnalisation' est un
processus à l'oeuvre dans nos sociétés modernes, lire G.
Lipovetsky, « L'ère du vide, essais sur l'individualisme
contemporain. », Folio Essais, 1979.
-------------------------------------------------------------------------------


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