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 Récidive :confusion entre judiciaire et sanitaire

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MessageSujet: Récidive :confusion entre judiciaire et sanitaire   Mar 21 Aoû - 12:28

UNE SURENCHÈRE DE PROPOSITIONS POUR LUTTER CONTRE LA RÉCIDIVE DES AUTEURS D'INFRACTIONS À CARACTÈRE SEXUEL
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Ban Public s'inquiète des nouvelles mesures annoncées par le gouvernement, le 20 août 2007, concernant la lutte contre la récidive des auteurs d'infractions à caractère sexuel.

Seulement 10 jours auparavant, était promulguée la loi renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs, avec notamment des dispositions concernant l'injonction de soins. S'agissant de ces dispositions, l'application de la loi est prévue pour mars 2008 ; ainsi, sans recul, sans dispositif d'évaluation, on prévoit de légiférer à nouveau sur le même sujet. Pourquoi ? Parce qu'un fait divers émeut l'opinion et que le gouvernement veut répondre, dans la précipitation, à cette émotion.

Un jeune enfant a été victime d'une agression sexuelle dont l'auteur, tout juste sorti de prison, avait été condamné pour des faits similaires.

Personne ne minimise la souffrance de la jeune victime et de sa famille.

Personne ne remet en cause l'émotion légitime que cela soulève.

Mais la tâche d'un gouvernement est de prendre des décisions réfléchies, construites, dans le respect des valeurs fondamentales de la société. Ce n'est pas de légiférer à tout va, comme si ce qui avait été promulgué 10 jours plus tôt était déjà jugé obsolète, avant même d'avoir été appliqué.

La loi du 10 août 2007, concernant l'injonction de soins, contient les dispositions suivantes :

Toute personne condamnée

- à un suivi socio-judiciaire,

- à une peine d'emprisonnement assortie du sursis avec mise à l'épreuve pour l'une des infractions pour lesquelles le suivi socio-judiciaire est encouru,

- placée sous surveillance judiciaire,

- en libération conditionnelle,

est soumise à une injonction de soins, s'il est établi qu'elle est susceptible de faire l'objet d'un traitement.

Concernant le temps passé en prison, aucune réduction supplémentaire de la peine, aucune libération conditionnelle ne peuvent être accordées à une personne condamnée pour un crime ou un délit pour lequel le suivi socio-judiciaire est encouru, et qui refuse, pendant son incarcération, de suivre le traitement qui lui est proposé.

Pourtant, il est admis pas les professionnels de santé qu'une personne ne peut valablement suivre une thérapie que si elle est volontaire.

Les propositions annoncées le 20 août sont les suivantes :

Toute personne ayant été condamnée pour des infractions à caractère sexuel et jugée dangereuse par un collège de médecins, à l'issue de sa peine de prison, ne sera pas remise en liberté, mais sera admise dans un hôpital fermé.

Ou bien la personne est malade et elle n'avait rien à faire en prison.

Ou bien la personne n'est pas malade et, sa peine une fois purgée, elle doit recouvrer la liberté.

Le collège de médecins statuera sur la dangerosité de la personne, du point de vue d'un risque de récidive.

Or, le cour de métier d'un médecin est d'établir un diagnostic, puis de proposer des soins ; un médecin n'est pas formé pour se prononcer sur un hypothétique passage à l'acte, ce qui relève plus de la prédiction que de la pratique de sa discipline.

De toute façon, prévoir le comportement des personnes n'est pas une science exacte ; il faut admettre que le risque zéro n'existe pas.

Il y a, de toute évidence, confusion entre le judiciaire et le sanitaire.

Les personnes condamnées pour des infractions à caractère sexuel ne bénéficieraient plus des remises de peine, ou en tout cas "la question des remises de peine ne [serait] posée qu'en fin d'exécution et non pas au début", selon les déclarations du président de la République, le 20 août. Comment faire bénéficier de remises de peine une personne qui aurait déjà exécuté sa peine ?

Les personnes prises en charge dans les hôpitaux fermés, et qui accepteraient d'être soignées, pourraient avoir des permissions de sortir de cet hôpital, mais le feraient en portant un bracelet électronique et en suivant un traitement hormonal, appelé castration chimique.

L'ensemble de ces propositions devrait être intégrées au texte de la loi pénitentiaire, prévue pour l'automne, de fait, une loi sans doute un peu "fourre-tout".

Il est légitime que les citoyens aspirent à une certaine sécurité et il est tout aussi légitime que l'Etat s'en préoccupe. Mais, les principes éthique et déontologique ne peuvent être écartés. Le devoir de l'Etat est d'élaborer des solutions en réponse aux préoccupations des citoyens, dans le strict respect des principes fondateurs et des valeurs humaines d'une société moderne.

Une thérapie ne peut avoir pour but de lutter contre la récidive ; elle a avant tout pour but d'apaiser la souffrance de personnes malades pour les aider à mieux vivre, à la fois dans leur vie personnelle et dans leur vie sociale. La médecine est faite pour des patients ; elle n'est pas un outil de lutte contre la récidive.

La rédaction

Ban Public

Août 2007

http://prison.eu.org/article.php3?id_article=9895
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MessageSujet: Re: Récidive :confusion entre judiciaire et sanitaire   Mer 22 Aoû - 14:53

«Il faut agir dans un cadre sanitaire et non judiciaire»
Christiane de Beaurepaire, médecin psychiatre à la prison de Fresnes :

Christiane de Beaurepaire, médecin psychiatre et chef de service à la prison de Fresnes, décrypte les propositions de Nicolas Sarkozy sur le traitement judiciaire des pédophiles et les moyens de les soigner.

Comment traite-t-on la délinquance sexuelle en prison ?

A Fresnes, sur les 47 lits, le traitement des agressions sexuelles concerne 12 lits, pour un ensemble potentiel de 600 personnes. Les gens qui viennent l’ont choisi. Ce sont des méthodes de psychothérapie cognitivo-comportementalistes, qui reposent sur le groupe. Elles se concluent par une session sur la prévention de la récidive, où les participants apprennent à reconnaître la séquence qui précède le passage à l’acte et peuvent apprendre à le stopper. Nous avons de bons résultats. Mais c’est sous-dimensionné.

Que pensez-vous des propositions de Nicolas Sarkozy ?

La déficience du champ sanitaire a laissé la place libre à la justice, puisqu’il s’agit de protéger la société. Tout le problème, c’est que Sarkozy choisit la justice, alors que la pédophilie appartient au domaine de la santé publique. Quand on traite cette maladie on peut éviter la récidive. L’hôpital-prison qu’il propose me fait penser à ces centres de relégation à vie allemands. C’est une aberration. Ce qui est aussi navrant, c’est de voir qu’on va utiliser de l’argent pour enfermer les gens, en lieu et place de traiter les personnes. Ses déclarations bruyantes sont faites pour rassurer l’opinion publique, flatter la question sécuritaire et le sentiment de vengeance. Cela n’a rien à voir avec la prise en compte du problème sur le plan médical. Lorsque je l’entends parler de castration définitive (qui ramène à l’eugénisme), je suis effarée. Les traitements protocoles à l’œuvre chez nous ne sont en rien des castrations chimiques, mais sont destinés à faire baisser la libido et l’excitation sexuelle.

Vous dites qu’on ne sait pas vraiment traiter la pédophilie…

On sait pourquoi les médicaments font baisser la production hormonale. On a appris que les zones du cerveau qui contrôlent l’activité sexuelle ne s’activent pas de la même manière chez un pédophile que chez un non-pédophile.
Ce qui est perturbé dans le fonctionnement mental d’un pédophile est extrêmement mal connu. Nous avons des gens handicapés du point de vue sexuel, il faut les traiter, mais dans un cadre sanitaire et non judiciaire. Il faut s’engager dans une véritable reconnaissance analytique du trouble pour que la balle soit dans le camp du médecin, qu’il puisse soigner aussi bien l’agresseur que les victimes. Le paquet doit être mis dans la recherche neurobiologique et dans l’évaluation de la capacité de la récidive, sans oublier qu’une personne est en capacité d’évolution permanente.

De quels moyens auriez-vous besoin ?

Si on entre dans le cadre de l’obligation de soins, il faudra prévoir un budget conséquent. Ce ne serait pas un hôpital à Lyon, mais une soixantaine de lits par centre pénitentiaire, qui compte en moyenne de 800 à 1 000 personnes.

Par Didier Arnaud
QUOTIDIEN : mercredi 22 août 2007

http://www.liberation.fr/actualite/societe/273530.FR.php
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