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 Biométrie - Au service des machines et de l'état...

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MessageSujet: Biométrie - Au service des machines et de l'état...   Sam 4 Aoû - 19:52

QUAND L’ANATOMIE INDIVIDUELLE TRAVAILLE POUR LES MACHINES

Nous commençons à voir surgir les machines biométriques dans les écoles, les aéroports ; les cartes et passeports biométriques sont en passe de devenir réalité. Avec d’un côté le discours de la facilité, de la prouesse, de la sécurité ; de l’autre, celui du contrôle social et politique, de l’enfermement, de la transformation en bétail.

La biométrie incarne comme jamais le désir bureaucratique d’un monde fluide, zoné, lisse, sans parole, qui tournerait en silence. Avec la biométrie, c’est le corps qui est en jeu. C’est le corps qui caresse la borne, le corps qui s’enregistre, le corps qui identifie. C’est le corps qui est modélisé, numérisé, qui sert à ouvrir les portes, à authentifier. Qui sert déjà, à l’intérieur de l’espace Schengen, à contrôler l’unicité du dépôt de dossiers de demandeurs d’asile. Comme pour les OGM ou la génétique, le vivant devient ligne de code, est réduit pour qu’il soit rendu opérationnel, susceptible d’action et de contrôle. L’informatique joue un rôle immense, à la fois comme outil d’analyse et comme outil pour l’action. On se demande si cela peut marcher sans danger : qu’adviendra-t-il des codes, ne pourront-ils pas être centralisés ? Que se passera-t-il lorsque sera volé - et c’est grandement possibe - l’identité biométrique de quelqu’un ?

Ce qui est en jeu, c’est le corps qui parle, le corps qui s’oublie et disparaît. On ne parle pas à une machine, on ne monnaye pas, on n’arrange rien. La machine reconnaît ou ne reconnaît pas, laisse passer ou pas. La binarité l’emporte sur le flou, sur les deals, sur les paroles. C’est le corps qui demande asile, pas une personne, juste cette ligne de code. C’est 11-38 qui veut manger ce midi. C’est 08B67 qui arrive en retard à son travail, et on n’efface rien, on garde tout, pas d’excuse.

Il est vrai, nous dira-t-on que nous sommes déjà des numéros de carte pour les marchands, pour l’Etat, pour les policiers comme pour la Sécu. Nous rétorquerons qu’effectivement, notre situation est déjà remarquablement terrible : que les multiples codes que nous avons tous dans nos portefeuilles témoignent d’autant de dépossessions, d’autant d’aliénations, d’autant de dépendances. Mais avec la biométrie, la vraie étape se franchit. L’union se concrétise. Mon corps est pour l’Etat, plus seulement mon corps qui vote, mon corps qui demande de l’aide, mon corps qui dévie de la légalité bourgeoise, mon corps qui se fait éduquer, c’est mon corps de tous les jours, mon corps intime, avec ses replis et ses zones d’ombre, ses traces infimes, qui est reconnu, centralisé, codé, numérisé. C’est mon corps secret qui se faufile, qui magouille dans les ténèbres, qui est enregistré, susceptible d’un traitement approprié. Par un renversement, mon intimité devient étatique : de quels écarts, de quelle autonomie, de quelles indépendances collectives pourrais-je rêver quand autour de moi, divers systèmes de reconnaissance biométrique me proposeront les aliments, dont a besoin mon corps, les traitements qui s’imposent à moi, m’enjoindront préventivement de ne pas commettre des actes car on sait qui je suis ?

De quelles révolutions pourrons-nous rêver quand notre aliénation à l’Etat sera à ce point aboutie, quand nous serons si bien gérés ? Avec la biométrie se montre de manière radicale le projet immanent de gestion et de contrôle de la population qui n’a pu émerger avec l’Etat moderne. Michel Foucault a bien raconté la constitution en son sein d’un biopouvoir, pouvoir disciplinaire s’exerçant sur les corps, pouvoir pouvant aussi s’assimiler à l’exercice d’une gestion du cheptel humain. Ce biopouvoir, par effet d’hommogénéisation, a permis la constitution d’un « Nous » de masse, d’un « Nous » sans parole.

La biométrie, de son côté, laisse entrevoir la possibilité pour l’Etat d’une gestion non-massive du cheptel, productrice cette fois de « Je » circonscrits par leurs enveloppes corporelles. Elle permet une disctinction sans parole, des séparations sans recours, elle re-zone le territoire selon des fonctions impératives, empêche les entrelacements, les chevauchements, c’est-à-dire toute possibilité que s’énonce le « Nous » d’un sujet-groupe. Et cela simplement pour que ce monde tourne.

[D’après Kamo] dans le n°10 d’« Offensive », trimestriel d’Offensive sociale et libertaire.



Pour lire la suite de ce dossier intéressant:

Dossier Orwell - Des technologies au service de la surveillance
« A voix autre » sort un numéro hors série pour cet été 2007. Il brosse rapidement un tableau des récents développements dans le domaine des technologies au service de la surveillance comme les puces RFID, les drones, la biométrie...

http://www.avoixautre.be/spip.php?article1523
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