Bolet Satan et Compagnie...


 
AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 Emmuré(e)s pour apprendre à vivre !

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
.



Nombre de messages : 1102
Localisation : Ici et là
Date d'inscription : 06/09/2005

MessageSujet: Emmuré(e)s pour apprendre à vivre !   Ven 2 Mar - 1:05

Libérez les tous !
Un poids, mille mesures

SERAIT-IL OSÉ D'AFFIRMER, dans les colonnes du Monde libertaire, que quatre ans
après sa condamnation pour complicité de crimes contre l'humanité, la libération de
Maurice Papon, en 2002, fut une bonne chose?

Assurément, non.

D'abord parce qu'anarchistes, l'idée même de la prison nous est intolérable.
Ensuite parce que, tout compte fait, encager un vieillard en réponse aux crimes
contre l'humanité, précisément, eut été une façon
malheureuse de poser voire de prétendre résoudre un affaire de cette nature.

Les occasions comme celle-ci sont rares pour que la justice, quand tous les regards
convergent vers elle, prenne un soin particulier à astiquer ses lettres de
noblesse.

Dans cet ordre d'idées, après avoir attendu une petite quarantaine d'années pour
inculper Maurice Papon, et une petite quinzaine d'années pour entamer son procès,
nos magistrats intègres avaient fait un bon début
en ne prononçant « que » dix ans de réclusion pour l'ex-préfet de la Gironde,
convaincu d'avoir scrupuleusement aidé les Nazis à assassiner quelques milliers de
Juifs, entre autres saloperies.

On condamne à la peine perpétuelle pour moins que ça.

Il était sans doute encore un peu tôt pour aborder les massacres d'octobre 1961 et
de février 1962, en plein Paris, accomplis par les forces aux ordres de M. Papon,
préfet de police. Mais, en imaginant (soyons fous) que
ce double scandale, encore soigneusement escamoté par l'État, ait été jugé, il est
a peu près certain que les criminels auraient bénéficié d'une certaine clémence.

On aurait prononcé des peines symboliques.

On aurait épargné la prison aux grabataires en raison de « l'incompatibilité de
leur état de santé avec la détention» et de la loi Kouchner dont Papon, impotent
notoire, a pu profiter avant de quitter d'un pas assuré la prison de Fresnes.

On aurait préféré, en somme, la vérité sur cet épisode tragique de l'histoire des
hommes, a la vengeance judiciaire.

Toute spéculation bue, il faut reconnaître qu'à l'égard de M. Papon, la justice a
fait preuve d'un rare sens de l'humanité.

De là à faire une généralité d'un cas très particulier, il y a un gouffre. Un
gouffre? que dis-je? Un abîme!

Un abîme dans lequel pourrissent les milliers de condamnés anonymes qui n'ont pas
eu l'honneur de servir l'État, qui a l'occasion, ont eu l'impudence de se dresser
contre lui.

Maurice Papon est mort après une retraite plus ou moins paisible, loin des hauts
murs et, quoi qu'il en soit, sans remords ni regrets.

Pour les prisonniers d'Action directe, qui ont déjà purgé leur peine de sûreté et
s'accrochent aux barreaux depuis vingt ans, la question de leur libération n'est
pas à l'ordre du jour. Quels que soient leur état de
santé et les pronostics vitaux engagés pour tel ou tel d'entre eux. Nathalie
Ménigon, gravement malade, achève de pourrir dans une geôle du pays des droits de
l'homme. Joëlle Aubron, rongée par le cancer, a eu la
faveur de pouvoir mourir en liberté surveillée, quelques mois après son élargissement.

Tous n'en finissent pas de demander une libération conditionnelle et d'interroger
la justice de ce pays sur la signification profonde de ce qu'il faut bien appeler
un acharnement pénal.

D'une manière générale, les alertes pleuvent sur l'état de santé de la population
carcérale et tous les observateurs, qu'ils émanent des institutions (Sénat), de
services officiels (inspections générales des
affaires sociales et des affaires judiciaires) ou d'organisation non
gouvernementales (Observatoire international des prisons), font état d'une
augmentation dramatique du nombre de détenus malades, physiquement et/ou
mentalement atteints. Le garde des Sceaux fait la sourde oreille. Le ministre de la
Santé hausse les épaules. Avec une constance froide et patiente, les prisons
continuent de broyer la matière humaine.

Au nom de la sécurité (laquelle?), le marteau s'abat de plus en plus durement sur
la tête de ceux qui ont le malheur de visiter, menottes aux poings, les palais de
justice.

Certains délits qui hier n'étaient pas passibles de l'enfermement, le sont
désormais. Les peines s'allongent. Les libérations conditionnelles sont accordées
au compte-gouttes.

Toujours plus d'hommes, de femmes, de mômes (pour lesquels on aménage ces « centres
fermes », misérable euphémisme pour nommer les prisons pour enfants) sont déversés
dans ces dépotoirs cadenassés, pour y stagner et dépérir. Et, pour toute
perspective, une fuite en avant vers la construction de nouveaux centres de
détention, ou encore la sophistication des moyens de surveillance.

Il y a un peu plus d'un an, quelques détenus condamnés aux longues peines
réclamaient, depuis la tristement célèbre prison de Clairvaux, leur mise à mort.
Pour que cesse enfin l'hypocrisie d'une justice qui prétend
favoriser le retour des condamnés à la vie sociale et qui, en réalité, empile
toujours plus de pierres autour de ces emmures vivants. À cette provocation
désespérée, M. Clément, le mal nommé, a cyniquement répondu:

« Qu'on les prenne au mot et on verra combien se présenteront pour être exécutés. »

Sont-ils complices de crimes contre l'humanité?

Non.

L'État français l'est bien davantage, lui qui guide aussi assurément ses
prisonniers vers la dégradation physique, la folie, et le suicide.

André Sulfide
(Monde libertaire 1467- du 1er au 7 mars 2007)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Emmuré(e)s pour apprendre à vivre !
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Faut-il apprendre à vivre?
» une école pour apprendre la politesse...
» Questions pour apprendre à mieux se connaître
» Tu crois qu'il te suffit d'apparaître pour m'apprendre à vivre ? ••• Zeus
» Cours de dissection [Pv : Libre mais nombre de places limité]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Bolet Satan et Compagnie... :: Politique délirationnesque...ou même franchement abjecte...-
Sauter vers: