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 La guillotine carcérale... pour ne pas oublier...

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Date d'inscription : 06/09/2005

MessageSujet: La guillotine carcérale... pour ne pas oublier...   Mer 8 Nov - 23:33

La Guillotine carcérale : silence on meurt de Laurent Jacqua

Editions Nautilus – 2003




La Guillotine carcérale : un livre passe-muraille
Du dedans, un être humain vous raconte son histoire. Laurent Jacqua ouvre les murs du silence carcéral.
Jean-Luc Guilhem
"Si beaucoup de livres parlent de prison, très peu sont écrits par des prisonniers qui sont enfermés.
Et pour cause, c'est toujours un combat au sens propre du terme d'écrire, de publier, de trouver un éditeur pour ceux que la société a relégués au rang de "muets sociaux”.
L'administration pénitentiaire, les ministères de la Justice, de l'Intérieur n'apprécient pas les témoignages directs de ceux qu'ils maintiennent derrière les barreaux. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour décourager les efforts faits en ce sens. " (Leïla Jacqua)
Le 14 mars 1998, à 11h 35, Laurent rencontre Leïla et c'est le coup de foudre. Oui, bon, rien de bien exceptionnel me direz-vous… Vous avez raison : cela se passe banalement à Fresnes, Leïla est banalement une visiteuse de AIDES et Laurent, à 32 ans, a déjà passé banalement près de 12 ans en prison. Incarcéré à 18 ans, condamné une première fois à 10 ans de réclusion, malade du sida, Laurent Jacqua est un rescapé, un rescapé de la machine à détruire carcérale.
En 1996, atteint d'une pneumocystose aiguë, pesant seulement 48 kilos, n'ayant plus que huit T4, il a échappé d'extrême justesse à la mort :
" Je maigris à vue d'œil et je sors de moins en moins en promenade ; je reste allongé à regarder la télé durant des jours et des nuits entiers. Ils ont décidé de me la laisser, sans doute pour avoir la paix. Je peux crever en silence !… (…) Je ne dors plus, je ne mange plus, je meurs, j'agonise et je n'ai plus de force, de résistance. (…) Début août, personne ne s'inquiète, je meurs en cellule seul comme un chien. (…) Il faut que j'en finisse rapidement, que je parte d'un seul coup, que je tue cette angoisse et ces démons qui viennent me hanter de toutes parts. Je me prépare une corde, je ne veux plus souffrir ainsi, je veux en finir une bonne fois pour toutes (…)" (1)
La Guillotine carcérale est un témoignage essentiel sur le système de destruction qu'est la prison. Plutôt que le reprendre et le commenter, nous préférons donner une place à la parole de Laurent Jacqua :
QI (Quartier d'Isolement)
" Un médecin du CISIH (2) (spécialiste du sida) ne faisant pas partie de la MA [Maison d’arrêt] de Nantes me confirmera que je suis passé très près de la mort (…). Vu mon état de santé, il établira un certificat médical demandant ma sortie de l'isolement. Les syndicats de matons s'opposent à cette sortie, leurs discours ne changent pas : "Il s'est évadé en prenant un de nos collègues en otage…".
Finalement, la direction demandera au médecin de la prison d'établir un autre certificat médical attestant que mon état est compatible avec mon maintien au QI. (…) À cause de ce certificat, je resterai à l'isolement. "
Mitard
" Fresnes, prison d'un autre âge. L'une des plus dures sur le plan disciplinaire. Je me retrouvais au mitard, en quelque sorte la prison de la prison. Un cachot immonde, royaume du silence et de la pénitence. Gare aux troublions, les coups y sont aisément distribués. Et si cela ne suffit pas, c'est à poil, arrosé à la lance d'incendie, que l'on est calmé. Une fois qu'ils y ont goûté, les candidats à la récidive ne sont plus nombreux.
C'est au sein de ces geôles que l'on apprend à endurer la dure réalité du "non-droit". C'est le royaume de l'arbitraire, où vos droits ne sont tolérés qu'au minimum. Cela au bon vouloir d'une administration pénitentiaire souveraine et dictatoriale. Citoyens à la conscience endormie, philosophes de la libre pensée, intellectuels et débatteurs de salon, peuple naïf dont la candeur m'étonnera toujours, venez goûter à vos prisons, à vos cachots, comme instruction civique !
Venez-y passer seulement vingt-quatre heures et méditez sur les mensonges dont on vous abreuve. Vos principes, vos idéaux s'écrouleront d'eux-mêmes et que vous restera-t-il ? ".
Longues peines
" Je suis à Saint-Maur depuis le 1er octobre 2001, c'est un immense cimetière de vivants mort-nés qui errent de-ci de-là… (…) Drôle d'impression que donne cette centrale, c'est un zoo où meurent des hommes usés par les années de prison, certains autres sont emportés par la folie et les névroses, c'est un véritable hôpital psychiatrique ou un laboratoire expérimental sur le comportement humain… (…) ll y a des "perpète" à la louche, des longues peines à la pelle et pour tous, derrière les hauts murs, dehors, là-bas, ce n'est que du néant. Il n'y a plus d'avenir, plus de liberté, plus d'espérance… "
Transferts
" Au déjeuner, ma porte s'ouvre :
- Préparez votre paquetage, vous êtes transféré ! Voilà, le tourisme pénitentiaire commence et je ne sais pas quand il se terminera. Cela fait partie du travail de démolition, de déstabilisation du détenu. Tous les DPS [Détenus Particulièrement Surveillés] sont transférés ainsi afin d'être brisés, isolés encore plus. À l'époque de l'esclavage, on coupait la moitié du pied des esclaves évadés que l'on reprenait. C'est le même principe sauf qu'aujourd'hui, la barbarie a fait de la chirurgie esthétique, c'est avec une gueule d'ange qu'elle torture les gens sans les toucher. Le but, c'est de détruire l'esprit : c'est ce qu'il y a de plus précieux en l'homme. C'est pire que l'amputation à mes yeux. "
Suicides
" Ne serait-il pas temps d'en finir une bonne fois pour toutes ? Des idées noires viennent m'assaillir en m'indiquant une sortie rapide, une fin de partie définitive… Dans ces culs-de-basse-fosse, on y pense tous un jour ou l'autre. Certains passent à l'acte et se suicident. Ce dont on ne se rend pas compte, c'est qu'en vérité c'est l'organisme carcéral qui vous digère et qui a votre peau. On est en fait affaibli par le travail de sape de l'administration pénitentiaire qui a fini par détruire le mental, la volonté et la combativité. Une sorte de lobotomie contre la révolte. C'est une mécanique bien étudiée et bien huilée. "
" L'organisme carcéral, lui, a tout son temps pour annihiler toute résistance, c'est une machine à broyer les hommes, ce n'est qu'une question d'années… "
Pour vous, la prison est un autre monde, inconnu, et pour cause : il est nécessaire que vous ne le connaissiez pas pour qu'il puisse perdurer.
Mais la prison doit continuer à exister, allez-vous me répondre, pour tous ceux qui enfreignent la loi. Nous pourrions alors commencer un débat mais, pour que ce ne soit pas un dialogue de sourds, des données chiffrées, des informations, des témoignages sont nécessaires… Le livre de Laurent Jacqua vous apportera des informations essentielles… Mais ce ne sera pas là le plus important : ce livre, si vous l'ouvrez, dans le métro, au boulot, dans votre lit, à la plage, sur la cuvette de vos WC, dans votre jet privé, vous ne pourrez plus le refermer… C'est le monde de la prison, mais surtout le monde d'un être humain " qui, quoi qu'il ait fait, vaut ce que valent tous les autres hommes, simplement parce que, membre de la famille humaine, il est leur égal en droit et en dignité " (3). Du récit de cette vie - remarquablement bien écrit, dans un style prenant - vous sortirez plus grand…

(1) Laurent Jacqua, La Guillotine carcérale - Silence, on meurt, Nautilus, 2003.

(2) Centre d’Information et de Soins de l’Immunodéficience Humaine.
(3) Maître Henri Leclerc, préface de La Guillotine carcérale.

Retrouvez un entretien de Leïla Jacqua dans Combat N33 - septembre 2003
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