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 Garcia Tella, peintre anar

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Localisation : Ici et là
Date d'inscription : 06/09/2005

MessageSujet: Garcia Tella, peintre anar   Ven 27 Oct - 13:39

Une photographe et un peintre anars… Voilà qui donne envie de regarder

leurs ouvrages… Pas encore trouvé.

Bonne nuit à tou(te)s

Bien frat.

Véro





GARCIA TELLA
Peintre de l'anarchie
Nicole Barriere

[color=#47542c]BEAUX ARTS
PEINTURE, DESSIN [color:4356=#47542c:4356]Espagne

Il est des voix réduites au silence, il est des peintures que la cécité contemporaine


de la médiatisation nomme « croûtes », tant il est inacceptable de se séparer des

représentations oniriques et des fantasmes esthétiques stéréotypés de la beauté.
Qui oserait exposer la contemporaine horreur et pourtant immémoriale de


l’humanité ?
N’errons-nous pas à travers un néant infini demande Nietzsche ?




Ce questionnement lucide semble avoir inspiré Garcia Tella, peintre

espagnol anarchiste dont l’œuvre oblige à s’interroger sur quelques

aspects fondamentaux de l’existence : la religion, le sexe, la mort .

dans

les tableaux de Garcia Tella , nous avons une radiographie surprenante

et décapante, vision contemporaine de nos questions actuelles.

Les oeuvres de Tella ne se contentent pas de montrer, elles anticipent,


elles scandalisent, elles politisent le monde. Parce qu’il était en avance

sur son époque, Garcia Tella, peintre espagnol contemporain est mort

oublié.

Un Christ arrivé à destination à Mathausen après un chemin de croix en


wagon à bestiaux, l’accouchement de l’humanité en route vers ses

cimetières après un passage dans les entrailles de la station Abbesses.

Comment sauver de l’oubli la mémoire de nos mémoires ? Le Christ n’a


sauvé personne : ni les larrons, ni les juifs, ni les tsiganes, ni les autres,

ni lui-même, ni l’idée de Dieu. L’humanité et la divinité ne sont que des

représentations dans ces tableaux.

L’humanité - cimetière aux pieds du Christ, la divinité d’une sorte de


Luna-park où des anges s’envolent dans les feux d’artifices des nuits de

cristal. Précurseur, le peintre semble caractériser ici les feux et les

paillettes de la société de médiatisation et de propagande que serait le

paradis de Dieu le Père, Jésus-Christ Superstar !

On se surprend alors à penser au long de ce voyage vers la mort qui


nous est présenté :un wagon à chevaux qui roule dans un paysage

lumineux et où s’entassent les prisonniers dans les paysages industriels

balisés par les croix de la « communication ».

A la lecture de nos métaphores modernes, le voyage-évasion prend une


sinistre tournure ; de ces instantanés picturaux pris sur le vif de l’horreur,

le peintre a fait une synthèse qui nous renvoie face à face avec notre

désespoir humain. Là où nous pouvions encore être leurrés : accidents

de parcours de l’histoire, parenthèses sinistres, ces expressions toutes

faites des médias, le tableau « Massacres » présente l’humanité dans un

moribond placenta, un fœtus collectif où les traces de sang de chaque

« évadé » du voyage conduisent aux champs de croix des cimetières.

Il ne reste de la divinité que la croix, nulle trace du paradis médiatique,


ni anges, ni démons d’ailleurs, seul le destin humain , seule la conscience

humaine interpellés par cette vision cernée par le cadre d’un tableau,

élément de nos clôtures et de nos finitudes, avec la mort en perspective.

Il y a quarante ans, Garcia Tella, peintre espagnol inconnu , traçait


lucidement l’universalité de nos destins : du Golgotha à Mathausen en

passant par Guernica pour nous rappeler que ces évènements n’étaient

pas des accidents de l’histoire mais un long processus qui s’est perpétué

en Algérie, au Vietnam, en Amérique Latine, aujourd’hui en Palestine,

en Tchéchénie ou en Afghanistan. Les sinistres desseins où les dictatures

des sociétés humaines promettent via les médias toujours plus

sophistiqués, des paradis artificiels afin de mieux anesthésier nos

consciences pour nous conduire aux camps de la mort avec notre

consentement délibéré.

Cette désespérance humaine, Garcia Tella l’affirme dans les thématiques


qu’il explore, que ce soit la religion, la société vue d’en bas, du métro,

des abîmes des bordels, des cris basculant dans le vide que sont les

morts d’artistes.

Anarchiste espagnol revenu par « miracle » des camps de la mort, Tella


est anti-religieux, homosexuel, innovateur comme le sont ceux que la

pauvreté pousse au génie en récupérant les ombres et les ondes de son

époque, en utilisant les outils vulgaires des peintres en bâtiments, en

s’inventant un style impossible à restaurer parce que provenant de chez

le droguiste du coin...

Il peint Dieu et la religion de manière blasphématoire et nous présente


ses vrais démons : les apôtres, le clergé comme un fantastique bestiaire

qui ne connaît ni charité , ni miséricorde. Les tableaux représentent des

« cènes » où Tell a nous fait découvrir l’invisible et le dérisoire des

émotions, le mensonge des images pieuses, c’est à un changement de

langage de la représentation que Tella nous invite : les apôtres

cannibalisent le Christ, les saintes femmes nous disent les mystères de

ce monde, l’en-deça des choses se trouve dans les souterrains des villes .

Tella nous suggère d’ ouvrir la torpeur du monde, non par l’idéal mais par

la lucidité comme condition de la création.

Il peint ses obsessions , la souffrance et la mort avec le point de vue


indirect du témoin qui a vu , qui a frémi d’horreur et survivant ne peut

s’empêcher de répéter inlassablement que les wagons du quotidien du

métro ou du train sont des wagons de la mort qui roulent sur des rails

habités comme le sont les catacombes.

Lorsqu’il revient en surface, malgré les « interdit de monter » tel Saint-


Antoine il souffre le diable pour toute l’humanité et fréquente pour

absoudre les crimes, les créatures du mal : putains, compagnons

grotesques, divinités cocasses ou artistes pris au piège de leurs

prophéties : Garcia Lorca, Verlaine,Modigliani.

L’humour n’est jamais absent des oeuvres de Tella, que ce soit un


support de fortune que sont les pages vierges de « la vie des bêtes » ou

des personnages qui ont sans aucun doute inspiré certains caricaturistes.

Oeuvre polémique, les tableaux de Tella sont imbibés de culture telle

« la machine à coudre les mots » de Verlaine ou Don Quichotte

chevauchant le Christ dans « Saint-Martin partageant son manteau ».

Dans Paris, capitale des arts, il peint les hauts lieux de génocide,


l’horreur répétée de l’histoire comme si toute cette souffrance refoulée

revenait dans le langage de son art avec les moyens stylistiques qu’il

s’est forgés tout seul.

Son style force des éléments à s’assembler dans des « multiplex » , et


par un effet de sa vision scannérisée et décalée du monde, il nous donne

à voir les écorchés des griffes fascistes. Son exil à lui n’est pas seulement

sa terre d’Espagne mais l’humanité entière prise dans le tourbillon d’un

« Sabbat », il dresse un bilan visionnaire où la réalisation « Le Christ à

Mathausen » annonce dès 1953 ce futur qui est notre présent.

L’actualité politique de l’œuvre de Tella se trouve dans l’interaction des


procédés et des thèmes, il nous plonge dans un questionnement lucide :

de cette radiographie surprenante et décapante, nous sommes ramenés

à notre errance existentielle, au travers d’un néant infini et cette vision

contemporaine de nos questions montre, anticipe, scandalise car elle

politise le monde depuis « le triple descendement » des religions du siècle

jusqu’à « la barque de Caron » où elles conduisent.



(http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=article&no=2614&razSqlClone=1)
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