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 L. Mercier-Vega / La chevauchée anonyme

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Date d'inscription : 06/09/2005

MessageSujet: L. Mercier-Vega / La chevauchée anonyme   Mer 18 Oct - 12:52

Louis Mercier-Vega

La Chevauchée anonyme

Une attitude internationaliste devant la guerre (1939-1942)

Avant-propos de Charles Jacquier
« In Memoriam », témoignage de Marianne Enckell
Postface de Charles Jacquier


À la maniere d'un roman, La Chevauchee anonyme évoque les destinées aventureuses de ceux que l'on a quelquefois nommés les « révolutionnaires du troisième camp ». La plupart n'avaient pas attendu la déclaration de guerre, en 1939, pour s'opposer au fascisme dans leur pays d'origine, qu'ils fussent antifascistes italiens, allemands ou espagnols, vérifiant au péril de leur vie cette évidence soulignée par Howard Zinn : « Les Alliés ne sont pas entrés en guerre par pure compassion pour les victimes du fascisme. Ils ne déclarèrent pas la guerre au Japon quand celui-ci massacra les Chinois de Nankin, ni à Franco quand il s'en prit à la démocratie espagnole, ni à Hitler lorsqu'il expédia les Juifs et les opposants dans les camps de concentration. Ils ne tentèrent même pas de sauver les Juifs d'une mort certaine pendant la guerre. Ils n'entrèrent en guerre que quand leur propre domination fut menacée. »

Cette réédition sera l'occasion de rappeler que ce que l'on présente toujours comme une « guerre juste » se caractérise en fait par un degré de barbarie jamais atteint. Et qu'aucune des parties n'est exempte de responsabilités. Aux réalistes de tout poil, toujours prompts à rallier le camp des vainqueurs et à justifier l'injustifiable, on nous permettra de préférer les personnages de ce livre qui, envers et contre tout, tentèrent de maintenir vivante l'espérance d'un monde meilleur dans les circonstances les plus difficiles qui soient.

Dans ce récit en grande partie autobiographique sur les premières années de la Seconde Guerre mondiale, Louis Mercier Vega (1914-1977) apparaît sous les traits des deux personnages principaux, Danton et Parrain, de l'Europe à l'Amérique latine, dans une période « où l'on ne peut rien, sauf ne pas perdre la tête ». Né Charles Cortvrint – « une fédération de pseudonymes » à lui tout seul –, il milite dès l'âge de seize ans dans le mouvement anarchiste belge, puis français, fonde le Groupe international de la Colonne Durruti et combat sur le front d'Aragon en 1936. Revenu en France, il tente de renouveler un mouvement libertaire assoupi dans sa grandeur passée avec la petite revue Révision (1938-1939). Auteur de L'Increvable anarchisme (1970, rééd. 1988), La Révolution par l'État, une nouvelle classe dirigeante en Amérique latine (1978), collaborateur de la presse anarchiste internationale, rédacteur de Preuves, fondateur de la revue Interrogations en 1974, Louis Mercier Vega fut animé toute sa vie par la double passion de comprendre et d'agir.

Marseille,

1939.

Petit extrait :


« Les organisations étaient bloquées, vidées de leur contenu par la mobilisation, paralysées par la surveillance policière. L’action collective, les mouvements, les groupes de quartier ou d’usine, les publications, tout cela était effacé. Les dimensions du combat s’étaient brusquement réduites. Tout militant misait sa liberté dans l’immédiat, plus d’un jouait sa peau à échéance. Il ne restait que des individus, acculés, traqués, réduits à leur maigre capital de relations, à leur poignée de monnaie dans la poche et à leur costume encore acceptable.
La France était une trappe dans une plus grande trappe européenne en train de se refermer.
Mario était ancré dans un petit hôtel-restaurant du Vieux-Port. Mario, c’était la solidité, le calme, la poignée de main ferme, la conviction agissante. La certitude que la situation était désespérée, qu’elle ne pouvait qu’empirer, et une volonté constante de tenir.
— Partons, lui dit Parrain. La guerre va s’étendre rapidement. »


Du hors-jeu et de l'engagement comme techniques de
résistance


La Chevauchée anonyme est davantage, bien davantage, que l’évident et passionnant témoignage d’un temps hésitant, c’est une façon de faire le bilan d’une vie militante, d’en extraire la ligne dominante des engagements et des choix qu’elle a suscités : une volonté farouche, orgueilleuse et désespérée d’y voir clair.
Pour la dire, cette vie, Louis Mercier adopte la forme fictionnelle et le récit d’une époque d’effondrement : ces années noires d’une guerre qui solda définitivement tout espoir de transformation sociale, réduisant considérablement l’espace de ceux qui l’avaient porté et écrasant toute pensée libre au nom d’un antifascisme désormais obligatoire. Cette époque, il faut la prendre pour ce qu’elle est, mais aussi pour ce qu’elle symbolise, cet instant où le piège se referme sur le seul choix qu’imposent l’ennemi et ses machines de propagande : le Bien contre le Mal. Figures emblématiques de la Chevauchée, Parrain et Danton y sont confrontés à ce réel définitivement hostile, comme le fut Mercier lui-même, en 1939, mais aussi en 1945.
D’abord, l’issue réside dans le pas de côté de l’anarchiste, ce réflexe de l’en-dehors quand sonne le clairon et que monte la clameur commune. L’autre guerre, celle d’avant, a laissé des séquelles, incroyablement vives dans l’esprit des réfractaires. Plus jamais ça. Plus jamais la boucherie ni l’union sacrée. Plus jamais le Manifeste des seize et les « anarchistes de tranchée ». Plus jamais l’illusion démocratique. Ils ont déjà donné. L’insoumission, c’est, par définition, la réponse individuelle au jeu de massacre. Elle n’évalue pas, elle ne soupèse rien, elle refuse simplement l’infamante veulerie patriotique. C’est le propre des débâcles que de laisser l’individu seul face à ses choix.



La débâcle, parlons-en. L’Espagne fut tout à la fois le dernier point d’incandescence d’un anarchisme social dont la pratique portait le réve émancipateur d’un « prolétariat conquérant » et son point de chute. Ce souvenir d’Espagne, intense, traverse la Chevauchée de part en part, blessure irrémédiable, nostalgie évidente d’un bonheur perdu, trahi, défait. L’émotion espagnole, Mercier n’y dérogea jamais. Ici, aux heures sombres, elle revient dans la bouche de divers personnages, comme éclat de mémoire lumineuse, comme sentiment d’échec aussi, constitutif de l’impuissance qui les habite et les exclut, comme conscience aiguë d’un non-retour, enfin. Et, puisque tout est perdu, il ne leur reste que l’honneur d’un hors-jeu clairement revendiqué, d’une dignité assumée aux marges d’une Histoire qui marche et qui écrase.
Pour tenir dans la tourmente, nous dit la Chevauchée, il faut non tant croire qu’une révolution sociale est possible, mais savoir que ce monde-ci est indéfendable. Sans cette attitude, aucune résistance ne saurait être autre chose qu’un alignement ou un compromis. Rester debout, c’est l’indispensable corollaire du hors-jeu et, pour ce faire, il n’est d’autre solution que de maintenir le cap, de conserver l’essentiel et de renouer avec l’esprit de l’Internationale, qui n’admettait d’autre valeur que celle de l’autonomie des exploités dans le combat social. À partir de là – mais seulement à partir de là –, les voies peuvent diverger, car la ligne est claire. Qu’on choisisse, alors, celle de la résistance aux discours dominants comme Parrain – ou celle de l’insertion circonstancielle à l’une des parties belligérantes – comme Danton –, la différence est finalement mince quand l’engagement repose sur une commune appréciation de l’état des forces en présence.



Au cours de sa vie militante, Louis Mercier expérimenta l’une et l’autre voie, simultanément, avec le même souci de déjouer les pièges de l’illusion et de la facilité et sans jamais se résoudre au silence et au repli. Cette Chevauchée anonyme, qu’il écrivit, suppose-t-on, passé soixante ans, est aussi l’affirmation lucide d’une conviction : « Nul ne fera notre jeu, si nous ne le menons pas nous-mêmes. »
Freddy Gomez



A contretemps n°24,septembre 2006



Il n’est pas sûr que la lecture de ce bref épisode d’une vie incroyablement riche suffise à faire comprendre le personnage qui se cacha sa vie durant sous de multiples noms d’emprunt au point de former à lui seul une véritable « fédération de pseudonymes ». Il pourrait même paraître inexplicable qu’un homme qui vécut tant de vies en une seule ait choisi de n’en relater qu’un chapitre si court, dans un témoignage dont il devait pourtant bien savoir qu’il serait la dernière œuvre de son existence. Plus explicable, en revanche, est le fait que, comme le rappelle Charles Jacquier dans sa postface, il se soit décrit dans ce récit sous les traits de deux personnages, Danton et Parrain, dont les chemins vont diverger tout à la fin de l’épisode relaté dans La Chevauchée anonyme, lequel marque en vérité la « mort » symbolique de celui qui, sous un autre nom d’emprunt, avait été un des compagnons de Simone Weil dans la colonne Durruti, et la naissance du citoyen chilien Louis Mercier Vega. Le choix de se dépeindre en empruntant les traits et l’identité de deux hommes différents est très révélateur du parcours de ce libertaire convaincu qui, parti en Amérique latine avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, choisit de refaire à l’envers le chemin de la « chevauchée anonyme » pour s’engager dans les rangs des Forces françaises libres et qu’on retrouverait, longtemps après, au secrétariat parisien du Congrès pour la liberté de la culture, une collaboration qui lui vaudrait l’étiquette infamante, et combien injuste, d’« agent de la CIA ». Mais même s’ils ne lèvent pas tous les mystères qui s’attachent à la vie de Mercier Vega, les commentaires de Charles Jacquier permettent une meilleure intelligence d’un texte étonnamment allusif : sans cela, le lecteur peu averti devrait sans doute parcourir une bonne partie du texte avant de comprendre quelle est la couleur du drapeau dont se réclament ces personnages, « minoritaires au troisième ou quatrième degré », qui évoluent à un moment de l’histoire tel et dans de telles circonstances qu’ils sont tenus à la plus extrême prudence. Leur périple nous mène des quais de Marseille, en septembre 1939, peu avant le déclenchement d’une guerre dont un des protagonistes principaux pressent qu’elle va se solder par une défaite cuisante pour une France « sans ressort et sans goût pour la bagarre », via la Belgique, puis l’Argentine, jusqu’à Santiago du Chili, où le récit se clôt d’une manière extraordinairement abrupte mais pleine de promesses aussi. Un récit dense, où, peu avant de tirer sa révérence, Mercier Vega avait campé avec bonheur quelques-unes des belles et fortes figures qu’il lui avait été donné de connaître.

Miguel Chueca

Gavroche n°147, juillet-août 2006
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