Bolet Satan et Compagnie...


 
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éTOc

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Nombre de messages : 113
Localisation : Ilien
Date d'inscription : 15/12/2005

MessageSujet: suite du texte...   Jeu 29 Déc - 23:44

De cette bulle spéculative financière, enflant sans cesse et dont les
économistes prévoient l’éclatement, procède un esprit apocalyptique, moins
empreint de peur que de cynisme.

Reproduisant le vieux schéma de la fin du monde - si fréquemment associé,
jadis, à des revendications égalitaires -, le programme de destruction de
la planète et de la vie terrestre s’identifie aujourd’hui sans vergogne au
salut du monde des affaires. Comment cette vision éminemment religieuse ne
s’adjugerait-elle pas une place prépondérante dans le spectacle ? Rien ne
suscite plus de fascinations triviales et morbides que la mise en scène,
réglée selon un manichéisme à fonction variable, de bons et de mauvais
anges exterminateurs, dont les milices interchangeables rameutent
indifféremment corrupteurs de climats, empoisonneurs d’aliments, pollueurs
en tous genres, fauteurs de guerre et de misère, tueurs, massacreurs,
terroristes brandissant ou non le drapeau d’une Cause.

Une seule chose n’apparaît pas dans le spectacle universel et ses
scénographies de la mort en direct et en coulisses : la simple évidence
pour des millions d’êtres humains que la vie existe et mérite d’être
vécue.

Les sociétés patriarcales ont toujours méprisé la quête d’une félicité
terrestre. Maintenant que les valeurs fondatrices de la société grégaire
se dissolvent dans les eaux de vidange du calcul égoïstes, chacun se
retrouve seul à jalonner son chemin, seul à errer dans l’absence de
repères avec l’angoisse de se perdre, seul à miser sur lui-même, à
découvrir ses ressources personnelles, sa faculté de créer, ses vrais
désirs et la résolution de les mener à bien.

C’est ici, à l’endroit même où, à travers la crise planétaire, s’esquisse
une mutation, que la naissance plausible d’un monde nouveau fait ressortir
du passé des figures qui résistèrent à l’obscurantisme, se dressèrent
contre l’oppression, prônèrent l’émancipation de l’homme et de la femme,
anticipèrent par leur insolente modernité certains comportements de la
radicalité aujourd’hui émergente : Aleydis de Cambrai, Marguerite Porète
de Valencienne, Willem Cornelisz d’Anvers, Heilwige Bloemardinne de
Bruxelles, Dolcino et Margarita de Novare, Thomas Scoto de Lisbonne,
Francisca Hernandez de Salamanque, Herman de Rijswijk, Eloi Pruystinck
d’Anvers.

On notera que, du Moyen Âge à la Renaissance, nombre de femmes ont, avec
pertinence, combattu l’oppression religieuse au nom de l’amour, de la
liberté du désir, de la générosité de la vie. L’émancipation de la femme
va de pair avec le déclin du patriarcat, dont le sort est lié au système
d’exploitation de la nature. C’est pourquoi elle constitue aujourd’hui un
élément moteur de la conscience humaine.

Faut-il rappeler que les femmes siciliennes furent les premières à
combattre victorieusement la mafia, que le courage des femmes arabes,
iraniennes, afghanes aura raison du despotisme que l’homme exerce sur
elle, pour oublier qu’il est lui-même foulé aux pieds par une oppression
similaire ?

Il n’est pas une religion qui ne professe la peur et le mépris de la
femme, par la raison même qu’elle professe la peur et le mépris de la
nature. Mais, après avoir si longtemps convaincu la femme de revendiquer
cette servitude dont le mâle se prévaut dans sa hantise d’être cocu, la
tradition patriarcale vacille et est battue en brèche. La peur du mâle
d’être détrôné n’est sans doute pas étrangère aux sursauts de rage de ces
mouvements populistes laïcs, dont les intégrismes ne sont que la version
religieuse archaïque.

Que, partout contesté ou menacé, le machisme ordinaire trouve un réconfort
dans les citadelles du fondamentalisme, du nationalisme, du tribalisme
ethnique n’explique-t-il pas pour quoi la volonté d’éradiquer les
résurgences du totalitarisme religieux et idéologique s’embourbe dans
l’indignation molle, parmi avec les clapotis et les homélies de
l’humanisme bêlant.

Toute religion est fondamentaliste dès l’instant qu’elle a le pouvoir. Si,
comme le remarque d’Holbach, « curés, prédicants, rabbins, imams, etc.
jouissent de l’infaillibilité toutes les fois qu’il y a danger à les
contredire », prenons garde d’oublier combien ils excellent à se montrer
doux, flatteurs et conciliants aux temps que leur est ôtée la commodité
d’opprimer.

Abandonnez l’État à l’islam et vous aurez les talibans et la charia,
tolérez le totalitarisme papiste et l’Inquisition renaîtra, et le crime de
blasphème, et la propagande nataliste, pourvoyeuse de massacres. Endurez
les rabbins et ne vous étonnez pas que resurgisse le vieil anathème de la
religion hébraïque contre les goyim : « Que leurs os pourrissent ! . »

Il est temps de le redire avec force : Que nul ne soit empêché de
pratiquer une religion, de suivre une croyance, de défendre une idéologie
mais qu’il ne s’avise pas de l’imposer aux autres et - chose plus
inacceptable encore - d’endoctriner les enfants. Que toutes les
convictions s’expriment librement, même les plus aberrantes, les plus
stupides, les plus odieuses, les plus ignobles, à la condition expresse
que, demeurant en l’état d’opinions singulières elles n’obligent personne
à les recevoir contre son gré.

Rien n’est sacré. Chacun a le droit de critiquer, de railler, de
ridiculiser toutes les croyances, toutes les religions, toutes les
idéologies, tous les systèmes conceptuels, toutes les pensées. Il a le
droit de conchier dans leur totalité les Dieux, les messies, les
prophètes, les papes, les popes, les rabbins, les imams, les bonzes, les
pasteurs, les gourous, tout autant que les chefs d’Etat, les rois, les
caudillos en tous genres.

Mais une liberté se renie dès l’instant où elle n’émane pas d’une volonté
de se vivre pleinement. L’esprit religieux ressuscite partout où se
perpétuent le sacrifice, la résignation, la culpabilité, la haine de soi,
la peur de la jouissance, le péché, le rachat, la dénaturation et
l’impuissance de l’homme à devenir humain.

Ceux qui tentèrent de détruire la religion en la réprimant n’ont jamais
réussi qu’à la ranimer, car elle est par excellence l’esprit de
l’oppression renaissant de ses cendres. Elle se nourrit de cadavres et il
lui importe peu qu’entremêlés dans ses charniers les vivants et les morts
soient indifféremment les martyrs de sa foi ou les victimes de son
intolérance. Le virus religieux reparaîtra tant qu’il y aura des gens pour
geindre en se parant, comme d’un titre de noblesse, de leur pauvreté, de
leur état maladif, de leur débilité, de leur dépendance, voire d’une
révolte qu’ils vouent à l’échec.

Dieu et ses avatars ne sont jamais que les fantasmes d’un corps mutilé. La
seule garantie de mettre fin à l’empire céleste et à la tyrannie des idées
mortes, c’est de renouer les liens entre les pulsions du corps et
l’intelligence sensible qui les affine. C’est de rétablir la communication
entre la conscience et la seule radicalité qui soit : l’aspiration du plus
grand nombre au bonheur, à la jouissance, à la créativité.

Il n’y a que l’invention d’une vie terrestre, dévolue à la richesse de nos
désirs, pour accomplir le dépassement de la religion et de sa servante
maîtresse, la philosophie.

1er janvier 2005
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Nombre de messages : 1102
Localisation : Ici et là
Date d'inscription : 06/09/2005

MessageSujet: Re: suite du texte...   Ven 30 Déc - 15:02

Oyé! Ca c'est bien dit!
Et faudra se le redire!
Quel style agréable, Raoul Vaneigem.

On peut aussi relire Onfray et tout ce qui est dit sur l'athéisme post-chrétien.

Bonne journée à toi et à tous-tes,
bien frat.
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