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 Libérer la terre des illusions célestes et de leur tyrannie.

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éTOc

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Date d'inscription : 15/12/2005

MessageSujet: Libérer la terre des illusions célestes et de leur tyrannie.   Jeu 29 Déc - 23:42

Libérer la terre des illusions célestes et de leur tyrannie
Par Raoul Vaneigem

En inaugurant, il y a près de dix mille ans, un système d’exploitation de
la nature terrestre et humaine, la révolution agraire a donné naissance à
une civilisation marchande dont l’évolution et les formes sont, en dépit
de leur grande diversité, marquées par la persistance de quelques traits
partout dominants : l’inégalité sociale, l’appropriation privative, le
culte du pouvoir et du profit, le travail et la séparation que celui-ci
introduit dans le corps entre les pulsions de vie et l’esprit, qui les
dompte et les réprime, comme il dompte et réprime les éléments naturels.

La relation qui, dans l’économie de cueillette, antérieure à l’apparition
de l’agriculture intensive, s’était établie par osmose entre l’espèce
humaine et les règnes minéral, végétal et animal, a cédé la place à sa
forme aliénée, à la religion, qui prétend assujettir la terre à un empire
céleste, grouillant de créatures fantasmatiques appelés Dieux, Déesses,
Esprits.

Les liens, tressés par l’affection et la compréhension, qui en émane, sont
devenus les chaînes d’une tyrannie tutélaire, sévissant des hauteurs
brumeuses où commence, dans sa vacuité, l’au-delà de l’existence.

Les religions institutionnelles sont nées de la peur et de la haine vouée
à la nature. Elles reflètent unanimement l’hostilité engendrée, il y a
quelque dix mille ans, par le pillage, à des fins lucratives, des biens
prodigués par la terre. Partout où les éléments naturels sont célébrés au
nom de la fécondité, leur culte témoigne de rituels barbares,
d’holocaustes, de sacrifices sanglants, de cruautés que seul peuvent
imaginer des hommes refoulant leurs pulsions de vie et cautionnant, par
les mandements de l’esprit, cet instinct prédateur bestial qu’il
appartient précisément à l’humanité, non de transcender mais de dépasser.

Le sens humain consiste à contrôler la prolifération chaotique de la vie,
à intervenir de telle sorte que l’exubérance créatrice se propage sans se
détruire par surabondance, à empêcher que le rayonnement vital ne
s’inverse en radiation mortelle, comme un besoin d’amour non satisfait se
transforme en animosité.

C’est aussi bien : maintenir parmi les animaux sauvages un équilibre entre
proies et prédateurs ; prévenir le dépérissement des arbres en surnombre
et la combustion des taillis en éclaircissant les forêts ; donner
naissance à des enfants qui seront désirés, aimés, choyés, éduqués dans
l’amour de la vie, et non encourager la prolifération nataliste et les
condamner ainsi à la misère, à la maladie, à l’ennui, au travail, à la
souffrance, à la violence.

Toutes les religions, sans exception aucune, oppriment le corps au nom de
l’esprit, méprisent la terre au nom du ciel, propagent la haine et la
cruauté au nom de l’amour. Les idéologies n’agissent pas autrement, sous
le prétexte d’assurer l’ordre social et le bien public. Se borner à
opposer la laïcité du pouvoir au pouvoir des religions, c’est combattre le
mensonge sacré avec le mensonge profane.

Les prêtres tirent leur hégémonie du chaos social et de la misère. Ils ont
besoin de ce grouillement où la survie prolifère aux dépens de la vraie
vie pour s’arroger le privilège d’opérer, selon un prétendu mandat
céleste, des coupes claires dans le foisonnement des peuples. Ils
supplicient, ils sacrifient, ils éliminent les surplus, ils légalisent les
hécatombes au nom du Tout puissant. Ils prônent le salut du clan, de la
tribu, de la communauté, de l’espèce par le nivelage de la mort
souveraine. Ils ouvrent sur l’au-delà et sur une vie mythique, dont la
richesse pallie les carences d’ici-bas, l’invisible porte de leurs
certitudes dogmatiques.

L’individu est sacrifié au grégaire. Dans le pressoir des rituels
d’endoctrinement, la joie de vivre comprimée, foulée, écrasée, laminée,
crève et laisse de son cadavre suinter la foi. Une croyance qui prône le
salut au prix d’une vie mutilée, tue. Comment s’en étonner ?

Le principe de fatalité, selon lequel à chaque instant la mort saisit le
vif, illustre le mécanisme d’autorégulation, auquel le chaos proliférant
recourt spontanément. De là l’obscurantisme, l’intelligence obturée, le
credo quia absurdum, qui, en occultant la puissance créative de l’homme,
révoque depuis des millénaires notre unique éventualité d’accéder à la vie
et de la propager.

Le prétendu retour des religions ne fait que traduire une de ces
régressions où le passé se manifeste par une résurgence factice et
passagère. Il n’y a d’archaïsmes rameutés que spectaculaires et
parodiques. En arasant nos modes de croyances et de pensées traditionnels
au bénéfice du calcul à court terme, le mercantilisme planétaire a fait
des religions et des idéologies politiques de simples éléments
conjoncturels sur l’échiquier de ses besoins. Il les restaure et s’en
débarrasse selon que le marché juge leur appoint nécessaire ou superflu.

Le principe écoeurant du « Tout est permis pourvu que cela rapporte », a
frappé de nausée les sociétés les plus diverses et fait du nihilisme la
philosophie des affaires.

Le consumérisme a dévoré le christianisme. Après Jésus, Jéhovah, Moon et
le Dalaï Lama, Mohammed lui aussi entrera chez Mac Donald comme un
affiquet offert en prime. On s’en réjouirait si le culte de l’argent se
servait de déversoir à tous les autres

L’esprit religieux a beau surnager tel l’eau croupie d’un passé paludéen,
les institutions ecclésiales ne sont plus que les emballages d’un produit
mercantile. L’oecuménisme affairiste mêle dans le même baquet le
catholicisme vaticanesque, le calvinisme de Wall Street, les mafias
opérant sous les drapeaux du sunnisme, du chiisme, du wahhabisme, du
sionisme. Le Dieu de l’agiotage et la foi en n’importe quoi servent de
fourre-tout à des croyances obsolètes et à des fantasmagories à la Jérôme
Bosch, dont on a oublié un peu vite qu’elles ont, il n’y a pas si
longtemps, contribué à la vogue extraordinaire des sectes. Il est dans la
logique marchande de récupérer à son profit la déperdition d’âme qu’elle
provoque. En la matière, une mode vaut l’autre.

Le capital mène, sous tous les climats qu’il dégrade, une véritable guerre
froide à l’ensemble des populations du globe. Elle parodie l’ancien
affrontement qui opposa l’Est à l’Ouest, l’empire de Moscou à l’empire
américain. C’est aujourd’hui, à l’échelle planétaire, une guerre de gangs
et de tribus, commandités par les marchés de l’armement, du pétrole, de la
narcopharmacie, de l’agroalimentaire, des biotechnologies, de
l’informatique, des groupes financiers, des services parasitaires, de la
pêche intensive, du commerce des êtres humains, du trafic d’animaux, du
pillage des forêts.

La seule Internationale, effective et efficace, est désormais celle de
morts-vivants, qui ont besoin de faire de la terre un cimetière. Il est
vrai que le mouvement ouvrier avait déjà abandonné l’internationalisme aux
staliniens de l’ancien empire soviétique et à ses séides, les Mao, les Pol
Pot, les Ceausescu, les Castro et autres caudillos. Comment le réflexe de
servitude volontaire, obtenu avec tant de zèle par le matraquage de
l’information et de l’éducation, ne fournirait-il pas un taux d’audience
accru aux modes promotionnelles du fatalisme, qu’elles soient laïques ou
religieuses (ceux qui, en l’occurrence, raillent la résignation du
musulman feraient bien de s’interroger sur la leur.)

Issues originellement du système économique qui les régurgite en
atteignant aujourd’hui à son apogée et à son point d’effondrement, les
religions, tout à la fois dérisoires et menaçantes, sont à l’image de
l’argent virtuel qui, du haut d’absurdes et d’abstraites cotations
boursières, détruit en rase motte la métallurgie, les textiles,
l’agriculture naturelle, la santé, l’enseignement, les services publics,
l’existence de millions de personnes.

Libérer la terre des illusions célestes et de leur tyrannie
Par Raoul Vaneigem

En inaugurant, il y a près de dix mille ans, un système d’exploitation de
la nature terrestre et humaine, la révolution agraire a donné naissance à
une civilisation marchande dont l’évolution et les formes sont, en dépit
de leur grande diversité, marquées par la persistance de quelques traits
partout dominants : l’inégalité sociale, l’appropriation privative, le
culte du pouvoir et du profit, le travail et la séparation que celui-ci
introduit dans le corps entre les pulsions de vie et l’esprit, qui les
dompte et les réprime, comme il dompte et réprime les éléments naturels.

La relation qui, dans l’économie de cueillette, antérieure à l’apparition
de l’agriculture intensive, s’était établie par osmose entre l’espèce
humaine et les règnes minéral, végétal et animal, a cédé la place à sa
forme aliénée, à la religion, qui prétend assujettir la terre à un empire
céleste, grouillant de créatures fantasmatiques appelés Dieux, Déesses,
Esprits.

Les liens, tressés par l’affection et la compréhension, qui en émane, sont
devenus les chaînes d’une tyrannie tutélaire, sévissant des hauteurs
brumeuses où commence, dans sa vacuité, l’au-delà de l’existence.

Les religions institutionnelles sont nées de la peur et de la haine vouée
à la nature. Elles reflètent unanimement l’hostilité engendrée, il y a
quelque dix mille ans, par le pillage, à des fins lucratives, des biens
prodigués par la terre. Partout où les éléments naturels sont célébrés au
nom de la fécondité, leur culte témoigne de rituels barbares,
d’holocaustes, de sacrifices sanglants, de cruautés que seul peuvent
imaginer des hommes refoulant leurs pulsions de vie et cautionnant, par
les mandements de l’esprit, cet instinct prédateur bestial qu’il
appartient précisément à l’humanité, non de transcender mais de dépasser.

Le sens humain consiste à contrôler la prolifération chaotique de la vie,
à intervenir de telle sorte que l’exubérance créatrice se propage sans se
détruire par surabondance, à empêcher que le rayonnement vital ne
s’inverse en radiation mortelle, comme un besoin d’amour non satisfait se
transforme en animosité.

C’est aussi bien : maintenir parmi les animaux sauvages un équilibre entre
proies et prédateurs ; prévenir le dépérissement des arbres en surnombre
et la combustion des taillis en éclaircissant les forêts ; donner
naissance à des enfants qui seront désirés, aimés, choyés, éduqués dans
l’amour de la vie, et non encourager la prolifération nataliste et les
condamner ainsi à la misère, à la maladie, à l’ennui, au travail, à la
souffrance, à la violence.

Toutes les religions, sans exception aucune, oppriment le corps au nom de
l’esprit, méprisent la terre au nom du ciel, propagent la haine et la
cruauté au nom de l’amour. Les idéologies n’agissent pas autrement, sous
le prétexte d’assurer l’ordre social et le bien public. Se borner à
opposer la laïcité du pouvoir au pouvoir des religions, c’est combattre le
mensonge sacré avec le mensonge profane.

Les prêtres tirent leur hégémonie du chaos social et de la misère. Ils ont
besoin de ce grouillement où la survie prolifère aux dépens de la vraie
vie pour s’arroger le privilège d’opérer, selon un prétendu mandat
céleste, des coupes claires dans le foisonnement des peuples. Ils
supplicient, ils sacrifient, ils éliminent les surplus, ils légalisent les
hécatombes au nom du Tout puissant. Ils prônent le salut du clan, de la
tribu, de la communauté, de l’espèce par le nivelage de la mort
souveraine. Ils ouvrent sur l’au-delà et sur une vie mythique, dont la
richesse pallie les carences d’ici-bas, l’invisible porte de leurs
certitudes dogmatiques.

L’individu est sacrifié au grégaire. Dans le pressoir des rituels
d’endoctrinement, la joie de vivre comprimée, foulée, écrasée, laminée,
crève et laisse de son cadavre suinter la foi. Une croyance qui prône le
salut au prix d’une vie mutilée, tue. Comment s’en étonner ?

Le principe de fatalité, selon lequel à chaque instant la mort saisit le
vif, illustre le mécanisme d’autorégulation, auquel le chaos proliférant
recourt spontanément. De là l’obscurantisme, l’intelligence obturée, le
credo quia absurdum, qui, en occultant la puissance créative de l’homme,
révoque depuis des millénaires notre unique éventualité d’accéder à la vie
et de la propager.

Le prétendu retour des religions ne fait que traduire une de ces
régressions où le passé se manifeste par une résurgence factice et
passagère. Il n’y a d’archaïsmes rameutés que spectaculaires et
parodiques. En arasant nos modes de croyances et de pensées traditionnels
au bénéfice du calcul à court terme, le mercantilisme planétaire a fait
des religions et des idéologies politiques de simples éléments
conjoncturels sur l’échiquier de ses besoins. Il les restaure et s’en
débarrasse selon que le marché juge leur appoint nécessaire ou superflu.

Le principe écoeurant du « Tout est permis pourvu que cela rapporte », a
frappé de nausée les sociétés les plus diverses et fait du nihilisme la
philosophie des affaires.

Le consumérisme a dévoré le christianisme. Après Jésus, Jéhovah, Moon et
le Dalaï Lama, Mohammed lui aussi entrera chez Mac Donald comme un
affiquet offert en prime. On s’en réjouirait si le culte de l’argent se
servait de déversoir à tous les autres

L’esprit religieux a beau surnager tel l’eau croupie d’un passé paludéen,
les institutions ecclésiales ne sont plus que les emballages d’un produit
mercantile. L’oecuménisme affairiste mêle dans le même baquet le
catholicisme vaticanesque, le calvinisme de Wall Street, les mafias
opérant sous les drapeaux du sunnisme, du chiisme, du wahhabisme, du
sionisme. Le Dieu de l’agiotage et la foi en n’importe quoi servent de
fourre-tout à des croyances obsolètes et à des fantasmagories à la Jérôme
Bosch, dont on a oublié un peu vite qu’elles ont, il n’y a pas si
longtemps, contribué à la vogue extraordinaire des sectes. Il est dans la
logique marchande de récupérer à son profit la déperdition d’âme qu’elle
provoque. En la matière, une mode vaut l’autre.

Le capital mène, sous tous les climats qu’il dégrade, une véritable guerre
froide à l’ensemble des populations du globe. Elle parodie l’ancien
affrontement qui opposa l’Est à l’Ouest, l’empire de Moscou à l’empire
américain. C’est aujourd’hui, à l’échelle planétaire, une guerre de gangs
et de tribus, commandités par les marchés de l’armement, du pétrole, de la
narcopharmacie, de l’agroalimentaire, des biotechnologies, de
l’informatique, des groupes financiers, des services parasitaires, de la
pêche intensive, du commerce des êtres humains, du trafic d’animaux, du
pillage des forêts.

La seule Internationale, effective et efficace, est désormais celle de
morts-vivants, qui ont besoin de faire de la terre un cimetière. Il est
vrai que le mouvement ouvrier avait déjà abandonné l’internationalisme aux
staliniens de l’ancien empire soviétique et à ses séides, les Mao, les Pol
Pot, les Ceausescu, les Castro et autres caudillos. Comment le réflexe de
servitude volontaire, obtenu avec tant de zèle par le matraquage de
l’information et de l’éducation, ne fournirait-il pas un taux d’audience
accru aux modes promotionnelles du fatalisme, qu’elles soient laïques ou
religieuses (ceux qui, en l’occurrence, raillent la résignation du
musulman feraient bien de s’interroger sur la leur.)

Issues originellement du système économique qui les régurgite en
atteignant aujourd’hui à son apogée et à son point d’effondrement, les
religions, tout à la fois dérisoires et menaçantes, sont à l’image de
l’argent virtuel qui, du haut d’absurdes et d’abstraites cotations
boursières, détruit en rase motte la métallurgie, les textiles,
l’agriculture naturelle, la santé, l’enseignement, les services publics,
l’existence de millions de personnes.
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